Guide · Terrariophilie
Débuter avec le phasme (Carausius morosus) : guide complet
Par Théo ·
Pourquoi le phasme morose est une bonne première espèce
Le phasme morose, Carausius morosus, est l'insecte-bâton le plus répandu en élevage amateur et une porte d'entrée logique pour découvrir la terrariophilie d'invertébrés. Originaire du sud de l'Inde, il tolère l'amplitude thermique d'un logement occidental, se nourrit de plantes courantes en France (ronce, lierre) et se reproduit sans effort particulier grâce à la parthénogenèse. Il ne demande ni éclairage spécifique, ni chauffage dédié dans la plupart des habitations, ce qui en fait un projet raisonnable en budget et en temps avant de se lancer sur des espèces plus exigeantes.
Sa discrétion — il reste immobile une grande partie de la journée et mime une brindille — en fait aussi un animal d'observation plutôt qu'un animal de manipulation. C'est un point à avoir en tête avant de se lancer : un phasme se regarde vivre, il ne se sort pas quotidiennement du terrarium comme un reptile.
Le terrarium : la hauteur avant tout
Le critère qui prime pour un phasme n'est ni le volume ni la largeur, mais la hauteur. Lors de la mue, l'insecte se suspend la tête en bas pour se libérer de son ancienne cuticule, un moment où il a besoin d'un espace vertical dégagé suffisant pour ne pas se coincer.
- Règle de référence : la hauteur du terrarium doit être au moins trois fois la taille de l'adulte.
- Pour Carausius morosus, dont la femelle adulte mesure environ 8 à 9 cm, cela correspond en pratique à une hauteur minimale d'environ 30 cm.
- Le haut du terrarium doit être grillagé ou en mesh, jamais entièrement fermé : c'est la surface sur laquelle l'insecte s'accroche pour muer.
- Un aquarium ou terrarium recyclé convient très bien tant que la ventilation et la hauteur sont respectées ; il n'est pas nécessaire d'investir dans du matériel spécialisé pour débuter.
Évitez tout emplacement en plein soleil ou à proximité immédiate d'un radiateur : les variations de température rapides sont mal tolérées, même si l'espèce supporte bien la température ambiante en régime stable.
Température et hygrométrie
Carausius morosus est l'une des espèces de phasmes les plus tolérantes sur le plan thermique, ce qui simplifie beaucoup le démarrage.
- Température : entre 18 et 25 °C, soit la température ambiante d'un logement chauffé normalement. Aucun chauffage dédié n'est nécessaire dans la majorité des cas.
- Hygrométrie : un taux de 60 à 70 % est recommandé pour un développement et des mues réussies.
- Brumisation : vaporisez l'intérieur du terrarium et le feuillage une à deux fois par semaine avec un pulvérisateur à eau. L'objectif est d'humidifier sans détremper : l'excès d'humidité combiné à une ventilation insuffisante favorise les moisissures sur le substrat et les plantes.
- Les phasmes tirent une bonne partie de leur hydratation directement du feuillage frais, ce qui limite le besoin de points d'eau supplémentaires.
Alimentation : les plantes nourricières
Carausius morosus est une espèce polyphage, ce qui simplifie l'approvisionnement toute l'année en France.
- Plantes acceptées : ronce (bramble), lierre, troène, aubépine, chêne, noisetier, rosier.
- La ronce et le lierre sont les deux valeurs sûres les plus faciles à trouver en toute saison, y compris en ville (haies, friches, jardins).
- Récoltez le feuillage loin des bords de route et des zones potentiellement traitées, et évitez tout produit phytosanitaire sur les plantes destinées au terrarium.
- Renouvelez le feuillage dès qu'il flétrit ; des tiges plongées dans un petit récipient d'eau (bouché pour éviter la noyade des insectes) prolongent sa fraîcheur.
- Une diversité de plantes n'est pas indispensable : un phasme morose peut se contenter durablement de ronce ou de lierre seuls si l'approvisionnement est régulier.
La mue : le moment critique
La mue est l'étape la plus délicate de l'élevage d'un phasme, et la plupart des problèmes rencontrés par les débutants s'y rapportent.
- L'insecte cesse de s'alimenter quelques jours avant, se fixe la tête en bas à une surface grillagée ou végétale, puis se libère progressivement de son ancienne cuticule.
- Trois facteurs conditionnent la réussite : une hauteur de terrarium suffisante, une hygrométrie correcte, et des points d'accroche solides (grillage, tiges, feuillage dense).
- Une hygrométrie trop basse est la cause la plus fréquente de mue incomplète, avec des restes de cuticule qui ne se détachent pas correctement, en particulier au niveau des pattes.
- N'intervenez pas pendant la mue elle-même : c'est une phase naturelle qui peut prendre du temps, et manipuler l'insecte à ce moment augmente le risque de blessure.
Parthénogenèse : se reproduire sans mâle
Le mode de reproduction de Carausius morosus surprend souvent les débutants : l'espèce se reproduit par parthénogenèse. Les femelles pondent des œufs non fécondés qui éclosent en femelles, sans qu'aucun mâle ne soit nécessaire. Les mâles sont d'ailleurs pratiquement absents en élevage.
- Une femelle adulte pond en moyenne environ 5 œufs par jour, simplement laissés tomber au fond du terrarium.
- Sur une vie, une femelle peut produire plusieurs centaines d'œufs.
- Le développement embryonnaire dure plusieurs mois à température ambiante avant l'éclosion.
- Conséquence pratique : un élevage démarré avec quelques individus peut croître très vite. Il est essentiel d'anticiper cette croissance avant de se lancer, en ne conservant que le nombre d'œufs et de jeunes que l'on peut réellement élever et nourrir.
Réglementation : interdiction de relâcher
Le phasme morose est une espèce non indigène en France, originaire du sud de l'Inde. À ce titre, il tombe sous le coup de l'article L.411-3 du Code de l'environnement, qui interdit d'introduire dans le milieu naturel un spécimen d'une espèce animale non indigène et non domestique, que l'introduction soit volontaire, due à une négligence ou à une imprudence. En cas de détection d'une introduction, les autorités administratives peuvent capturer, retirer, détenir ou détruire les spécimens concernés, et les frais engagés peuvent être mis à la charge du contrevenant.
Concrètement pour un éleveur amateur :
- Il est interdit de relâcher des phasmes, adultes ou œufs, dans un jardin, un parc ou tout autre espace naturel, même en pensant leur « rendre la liberté ».
- Cette règle s'applique indépendamment du fait que l'espèce figure ou non sur une liste spécifique d'espèces exotiques envahissantes : le principe général de non-introduction d'une espèce non indigène et non domestique suffit à l'interdiction.
- En cas de surpopulation dans l'élevage, les solutions responsables sont le don à un autre passionné, la cession à une association ou un club d'entomologie, ou la limitation du nombre d'œufs conservés en amont.
Budget et matériel de base
Un démarrage avec Carausius morosus reste l'un des moins coûteux de la terrariophilie d'invertébrés :
- Un terrarium ou une cage grillagée d'occasion ou de récupération, du moment que la hauteur (environ 30 cm minimum) et la ventilation sont respectées.
- Un vaporisateur manuel pour la brumisation hebdomadaire.
- Aucun chauffage ni éclairage spécifique n'est nécessaire dans la majorité des logements.
- L'alimentation (ronce, lierre) est gratuite si elle est récoltée localement.
Ce faible investissement de départ en fait un excellent moyen de tester son intérêt pour l'élevage d'insectes avant d'envisager des espèces tropicales plus exigeantes en température et en hygrométrie.
Substrat et entretien courant
Le substrat joue un rôle secondaire par rapport à la hauteur et à l'hygrométrie, mais il facilite l'entretien et contribue à la stabilité de l'humidité au fond du terrarium.
- Un fond de tourbe, de terreau non traité ou de papier absorbant convient : l'objectif est surtout de retenir un peu d'humidité et de faciliter le nettoyage.
- Les déjections (petites boulettes sèches) et les feuilles fanées se retirent au fur et à mesure ou lors du renouvellement du feuillage, sans qu'un nettoyage quotidien soit nécessaire.
- Un remplacement complet du substrat toutes les quelques semaines limite le développement de moisissures, surtout si la brumisation est régulière.
- Les œufs pondus se retrouvent mélangés au substrat ou au fond du terrarium : ceux que l'on souhaite conserver peuvent être prélevés et placés dans un contenant d'incubation séparé, ce qui simplifie aussi le suivi du nombre d'individus à venir.
Erreurs fréquentes à éviter
- Terrarium trop bas : la cause numéro un de mues ratées chez les débutants.
- Absence de brumisation régulière : une hygrométrie qui chute complique systématiquement la mue.
- Sous-estimer la reproduction : sans anticipation, la parthénogenèse peut rapidement déborder la capacité d'accueil de l'éleveur.
- Récolte de plantes traitées : les phasmes sont très sensibles aux résidus de pesticides, qui peuvent être mortels.
- Relâcher les surplus dans la nature : geste interdit par la loi et risqué pour l'écosystème local, quelle que soit l'intention.
Questions fréquentes
Quelle taille de terrarium pour un phasme débutant ?
La règle de référence est une hauteur d'au moins trois fois la taille de l'adulte, ce qui correspond en pratique à un minimum d'environ 30 cm pour Carausius morosus, dont les femelles adultes mesurent 8 à 9 cm. Cette hauteur est indispensable pour que l'insecte puisse se suspendre librement lors de la mue. La largeur et la profondeur comptent moins que la hauteur, mais l'ensemble doit rester bien ventilé.
Faut-il un mâle pour que mon phasme se reproduise ?
Non. Carausius morosus se reproduit par parthénogenèse : les femelles pondent des œufs non fécondés qui éclosent en femelles, sans intervention d'un mâle. C'est le mode de reproduction normal de l'espèce en élevage, où les mâles sont d'ailleurs quasiment absents. Une seule femelle suffit donc à démarrer un élevage qui peut vite s'agrandir.
Quelles plantes donner à manger à un phasme morose ?
Carausius morosus est polyphage : il accepte la ronce (bramble), le lierre, le troène, l'aubépine, le chêne, le noisetier et le rosier. La ronce et le lierre sont les valeurs sûres les plus faciles à trouver toute l'année en France. Il faut renouveler le feuillage régulièrement et éviter les plantes traitées ou récoltées en bord de route.
Quelle hygrométrie pour un phasme et comment la maintenir ?
Le taux recommandé se situe autour de 60 à 70 %. Il s'obtient en brumisant l'intérieur du terrarium et le feuillage une à deux fois par semaine avec un vaporisateur, sans détremper le substrat. Une humidité trop basse complique la mue, tandis qu'un excès combiné à une mauvaise ventilation favorise les moisissures.
Puis-je relâcher mon phasme dans mon jardin ?
Non. Le Code de l'environnement (article L.411-3) interdit d'introduire dans le milieu naturel un spécimen d'une espèce animale non indigène et non domestique, que ce soit volontairement, par négligence ou par imprudence. Le phasme morose, originaire du sud de l'Inde, entre dans ce cadre. En cas de surplus, mieux vaut donner les individus ou les œufs à un autre passionné ou à une association plutôt que de les relâcher.
À quelle température garder un phasme morose ?
Carausius morosus tolère bien la température ambiante d'un logement, entre 18 et 25 °C, et supporte des températures plus basses que la plupart des autres espèces de phasmes. Il faut éviter les emplacements près d'une fenêtre exposée au soleil direct ou d'une source de chaleur, qui provoquent des variations brutales néfastes.
Combien d'œufs pond une femelle phasme morose ?
Une femelle adulte pond en moyenne environ 5 œufs par jour et peut en produire plusieurs centaines au cours de sa vie. Les œufs, petits, ronds et bruns, se déposent simplement au fond du terrarium et mettent plusieurs mois à éclore à température ambiante. Il est important de ne conserver que le nombre d'œufs que l'on peut réellement élever, faute de quoi la population devient vite ingérable.
Pourquoi mon phasme a-t-il du mal à muer ?
Une mue difficile est le plus souvent liée à un terrarium trop bas pour que l'insecte se suspende librement, à une hygrométrie insuffisante, ou à l'absence de surfaces grillagées ou végétales auxquelles s'accrocher. Vérifier ces trois points avant chaque période de mue prévisible limite fortement les mues incomplètes.
Pour aller plus loin
Sources
- Stick Insect caresheet — Amateur Entomologists' Society (AES)
- Indian Stick Insect Care Sheet — Dubia.com
- Carausius Morosus (Indian) Stick Insect — G&P Stick Insects
- Stick Insect Care Sheet — InsectKeeper
- Fiche de l'espèce Carausius morosus — La passion des phasmes
- Article L411-3 du Code de l'environnement — Légifrance / DDT Calvados
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