Guide · Terrariophilie
Terrarium pour invertébrés : mygales, mantes et phasmes
Par L'équipe Terrarium & Aquarium ·
Pourquoi maintenir des invertébrés en terrarium ?
Les invertébrés fascinent par leur discrétion, leur diversité et leur faible empreinte spatiale. Une mygale arboricole dans un enclos vertical de taille modeste peut s'observer pendant des années, une mante religieuse offre un comportement de chasse d'une précision remarquable, et un phasme défie l'observation par son mimétisme. Là où un serpent ou un lézard exige un grand terrarium chauffé et un budget conséquent, un invertébré tient souvent sur une étagère et se contente de quelques accessoires simples.
Ces animaux présentent plusieurs avantages concrets pour le terrariophile intermédiaire :
- Coût de démarrage modéré : l'équipement (enclos, substrat, hygromètre, pince) est souvent plus simple et moins cher que pour un reptile, en dehors de l'animal lui-même.
- Encombrement réduit : la plupart des espèces se maintiennent dans des contenants de 15 à 40 cm de côté.
- Alimentation maîtrisable : insectes vivants pour les mygales et les mantes, simples feuilles fraîches pour les phasmes.
- Longévité variable mais intéressante : certaines femelles de mygales vivent 15 à 20 ans, parfois davantage, ce qui constitue un véritable engagement de long terme.
- Faible besoin d'interaction : ce sont des animaux d'observation, pas de compagnie, ce qui réduit le stress lié à la manipulation.
Cependant, ces avantages cachent des exigences précises. Confondre les besoins d'une mygale terrestre xérique (vivant en milieu sec, comme une Grammostola du Chaco) avec ceux d'une espèce arboricole tropicale (comme une Avicularia d'Amazonie) peut être fatal pour l'animal. La règle d'or de toute cette discipline tient en une phrase : on ne maintient pas « une mygale », « une mante » ou « un phasme », on maintient une espèce précise, dont on a lu la fiche d'élevage avant l'achat.
Réglementation : certaines espèces d'invertébrés sont protégées ou soumises à autorisation. Le genre Brachypelma est inscrit à l'annexe II de la CITES (annexe B au niveau de l'Union européenne). En France, la détention d'animaux d'espèces non domestiques est encadrée par l'arrêté du 8 octobre 2018 (modifié), qui fixe des seuils au-delà desquels une déclaration de détention, voire un certificat de capacité, devient obligatoire. Vérifiez systématiquement le statut CITES et le cadre légal applicable (Légifrance) avant tout achat, et conservez les justificatifs d'origine.
Comprendre les trois familles : profils biologiques de base
Mygales (Theraphosidae)
Les mygales sont des araignées (ordre Araneae, infra-ordre Mygalomorphae) caractérisées par leurs chélicères orthognathes, c'est-à-dire orientées vers le bas et l'avant — contrairement aux araignées « modernes » (Araneomorphae) dont les chélicères se font face. On distingue deux grands groupes selon le comportement, et c'est cette distinction qui détermine tout le setup :
- Terrestres / fouisseuses : Brachypelma hamorii, Grammostola pulchripes, Grammostola rosea — enclos horizontal, substrat épais, humidité modérée à faible selon l'origine géographique. Ce sont souvent les espèces recommandées aux débutants car robustes et au tempérament calme.
- Arboricoles : Avicularia avicularia, Psalmopoeus cambridgei, Caribena versicolor — enclos en hauteur avec ventilation croisée, humidité plus élevée, et points d'ancrage verticaux pour la toile. Plus rapides, plus nerveuses, elles conviennent mieux à un éleveur déjà aguerri.
Les mygales muent (ecdysis) régulièrement : les juvéniles muent plusieurs fois par an, tandis que les adultes, notamment les femelles, espacent fortement leurs mues à mesure qu'elles vieillissent (parfois une seule mue tous les un à deux ans chez une vieille femelle). La mue est la période la plus vulnérable de leur vie. Beaucoup de mygales possèdent en outre, sur l'abdomen, des poils urticants qu'elles projettent en cas de stress : ils provoquent des démangeaisons cutanées et sont particulièrement irritants pour les yeux et les voies respiratoires. À manipuler avec précaution et à tenir éloignées du visage.
Mantes religieuses (Mantodea)
Les mantes sont des insectes prédateurs à métamorphose incomplète (hémimétaboles : œuf, nymphe, adulte, sans stade nymphal immobile comme chez le papillon). La nymphe ressemble déjà à l'adulte en miniature et grandit par mues successives. L'espèce la plus répandue en captivité est sans doute Sphodromantis lineola (mante géante africaine), robuste et facile, mais des dizaines d'espèces sont maintenues, des petites Acromantis aux spectaculaires Hymenopus coronatus (mante orchidée).
Points-clés biologiques :
- Sensibles aux variations brutales de température et d'hygrométrie.
- Nécessitent un enclos plus haut que large : l'animal doit pouvoir se suspendre tête en bas, accroché au plafond grillagé, pour extraire son corps de l'ancienne mue par gravité. Une hauteur insuffisante est la première cause de mues ratées et de morts.
- Strictement carnivores et chasseuses à vue : la proie doit bouger pour déclencher l'attaque.
- Cannibales, y compris entre individus de même portée et lors de l'accouplement (la femelle dévore parfois le mâle). On les élève donc individuellement dès qu'elles grandissent.
- Vie relativement courte : généralement quelques mois à un an, les mâles vivant souvent moins longtemps que les femelles.
Phasmes (Phasmatodea)
Les phasmes sont des insectes phytophages (herbivores) à métamorphose incomplète, célèbres pour leur mimétisme (insectes-bâtons, insectes-feuilles). Extatosoma tiaratum (phasme épineux australien) et Carausius morosus (phasme bâton, originaire d'Inde et du Sri Lanka) figurent parmi les plus courants en élevage amateur, ce dernier étant un excellent premier insecte tant il est résistant.
- Se nourrissent de feuilles fraîches : ronce (mûrier sauvage), lierre, chêne, troène, eucalyptus selon l'espèce. La ronce est l'aliment de base le plus universel et disponible toute l'année.
- Reproduction parthénogénétique chez Carausius morosus : en captivité, les femelles se reproduisent seules, sans mâle, et ne donnent quasiment que des femelles. Une seule femelle peut donc fonder un élevage entier.
- Grégaires et pacifiques : contrairement aux mygales et aux mantes, on peut maintenir un groupe dans un même enclos, à condition d'éviter la surpopulation.
- Enclos haut et aéré, garni de branches et de feuillage verticaux indispensables à la mue : le phasme mue lui aussi suspendu tête en bas.
Tableau de synthèse des profils
| Critère | Mygale terrestre | Mygale arboricole | Mante | Phasme |
|---|---|---|---|---|
| Régime | Carnivore (insectes vivants) | Carnivore (insectes vivants) | Carnivore (proies mobiles) | Herbivore (feuilles) |
| Enclos | Horizontal | Vertical | Vertical | Vertical |
| Vie sociale | Solitaire | Solitaire | Solitaire (cannibale) | Grégaire |
| Métamorphose | Mues (toute la vie) | Mues (toute la vie) | Hémimétabole | Hémimétabole |
| Longévité indicative | 10–20 ans (femelle) | 5–12 ans (femelle) | Quelques mois–1 an | Quelques mois–1 an+ |
Choisir et configurer le terrarium
Dimensions et forme selon l'animal
La règle universelle : la forme de l'enclos suit le mode de vie de l'animal, pas l'inverse. Un enclos trop grand n'est pas un cadeau pour un invertébré ; il complique la chasse, dilue les repères et stresse l'animal.
| Animal | Orientation | Dimensions minimales recommandées | Matériau |
|---|---|---|---|
| Mygale terrestre adulte | Horizontale | Largeur ≈ 3 fois l'envergure pattes de l'animal ; hauteur faible | Acrylique, verre |
| Mygale arboricole adulte | Verticale | Hauteur nettement supérieure à la largeur (au moins 2 fois) | Acrylique, verre |
| Mante religieuse adulte | Verticale | Hauteur ≥ 3 fois la longueur de l'animal ; largeur ≥ 2 fois | Filet/moustiquaire, verre aéré |
| Phasme adulte | Verticale | Hauteur ≥ 3 fois la longueur de l'animal | Filet/moustiquaire |
Point crucial pour mygales terrestres : la hauteur de chute doit rester faible. L'espace entre le haut du substrat et le couvercle ne doit jamais dépasser d'environ une fois l'envergure de l'animal. Une mygale terrestre lourde qui grimpe puis chute de 20–30 cm risque la rupture de l'abdomen, blessure souvent mortelle. On remplit donc l'enclos de substrat plutôt que de laisser un grand vide en hauteur.
Mantes et phasmes s'accommodent bien d'enclos en tissu ou moustiquaire : la ventilation doit être abondante pour limiter l'humidité stagnante et les pathogènes, et le grillage offre une surface d'accroche indispensable à la mue. Les enclos en verre conviennent aussi aux mantes à condition d'un couvercle grillagé et d'une bonne aération. Pour les mygales, le verre ou l'acrylique sont préférés, toujours avec ventilation croisée (grilles en bas et en haut, ou de part et d'autre).
Substrat
Le substrat est souvent le paramètre le plus négligé. Il remplit plusieurs fonctions : régulation de l'humidité, support pour la fouille, ancrage des toiles, absorption des déjections.
Mygales terrestres :
- Mélange à base de fibre de coco et de terreau non traité (sans engrais ni pesticides) ; une base de coco pure convient également à de nombreuses espèces. On peut ajouter un peu de vermiculite pour la rétention d'eau chez les espèces tropicales.
- Profondeur suffisante pour permettre la fouille chez les espèces fouisseuses : compter 5 à 8 cm pour une mygale moyenne, jusqu'à 10–15 cm pour une grosse fouisseuse. Une demi-cachette (écorce de liège, demi-pot de fleur retourné) complète le dispositif.
Mygales arboricoles :
- Couche de substrat fine (2–4 cm) maintenue légèrement humide, l'essentiel de l'humidité venant des pulvérisations et de la ventilation, pas du sol détrempé.
- Ajout de liège vertical ou de tubes (bambou, écorce, morceau de PVC tapissé de liège) comme points d'ancrage pour la toile en hauteur, où l'animal passera l'essentiel de son temps.
Mantes et phasmes :
- Substrat peu déterminant pour les mantes (elles vivent en hauteur, accrochées) : une couche de papier absorbant, de fibre de coco ou de tourbe suffit, surtout pour capter l'humidité des pulvérisations et faciliter le nettoyage.
- Pour les phasmes, un substrat retenant légèrement l'humidité sans stagner aide à maintenir l'hygrométrie. Si vous comptez reproduire l'espèce, une couche de substrat meuble permet de récolter les œufs (pondus en les laissant tomber au sol chez beaucoup d'espèces).
Température et humidité
Ces deux paramètres varient fortement selon l'origine géographique de l'espèce. Ne jamais appliquer de valeurs génériques sans avoir consulté une fiche espèce fiable. Les fourchettes ci-dessous sont indicatives et ne remplacent pas la fiche de votre espèce précise.
| Type | Température indicative | Hygrométrie indicative |
|---|---|---|
| Mygale terrestre tempérée/xérique (Grammostola, Brachypelma) | 22–26 °C | 50–65 % |
| Mygale terrestre tropicale humide | 24–28 °C | 70–80 % |
| Mygale arboricole tropicale | 24–28 °C | 70–80 % + forte ventilation |
| Mante (espèce courante type Sphodromantis) | 22–28 °C | 50–60 %, pic d'humidité avant mue |
| Phasme courant (Carausius, Extatosoma) | 20–25 °C | 60–70 % |
Principes généraux :
- Les espèces tropicales tolèrent généralement moins bien les écarts thermiques et la sécheresse que les espèces de milieux arides.
- Évitez les sources de chaleur placées directement sous le terrarium des mygales terrestres : cela assèche le substrat en profondeur, là où l'animal cherche au contraire la fraîcheur et l'humidité.
- Si un chauffage est nécessaire, préférez un câble ou un tapis chauffant latéral (collé sur un côté, jamais sous un enclos en filet) ou une source externe, toujours pilotés par un thermostat pour éviter toute surchauffe.
- Pour beaucoup d'espèces tempérées, le chauffage d'appoint est inutile : la température d'un logement chauffé (20–24 °C) convient. Un léger refroidissement nocturne est naturel et bénéfique.
Mesure de l'humidité :
- Utilisez un hygromètre numérique : les modèles analogiques à aiguille bon marché sont réputés peu fiables et dérivent rapidement.
- Pour humidifier : pulvérisation d'eau déchlorée (eau du robinet reposée 24 h ou eau osmosée) sur une paroi, sur le substrat ou le feuillage — jamais directement sur l'animal. On peut aussi poser un petit point d'eau peu profond.
- Méfiez-vous de l'excès inverse : un enclos détrempé en permanence est plus dangereux qu'un enclos un peu sec. L'objectif est un gradient (zone plus humide, zone plus sèche), pas une saturation uniforme.
Ventilation
La ventilation est critique, en particulier pour les mantes, les phasmes et les mygales arboricoles. Un air stagnant favorise le développement de moisissures, d'acariens et de pathogènes, et c'est l'une des causes silencieuses de mortalité.
- Terrariums en verre : grille en haut et sur au moins un côté (ou en bas) pour créer un flux d'air ascendant naturel.
- Mygales arboricoles : l'humidité plus élevée doit impérativement être couplée à un fort renouvellement de l'air. L'erreur classique du débutant est de viser une humidité haute en bouchant les aérations : c'est la recette d'un syndrome respiratoire fatal.
- Évitez de placer l'enclos près d'un radiateur, d'une fenêtre en plein soleil (effet de serre, surchauffe rapide) ou dans un courant d'air froid.
Matériel de base à prévoir
Au-delà de l'enclos et du substrat, un petit nécessaire facilite grandement la maintenance et la sécurité :
- Hygromètre et thermomètre numériques (idéalement combinés) : indispensables, on ne pilote pas à l'aveugle.
- Pulvérisateur rempli d'eau déchlorée pour gérer l'hygrométrie.
- Pince longue souple (30 cm) pour déposer/retirer les proies et manipuler le décor sans approcher les doigts d'une mygale.
- Petit point d'eau peu profond (capuchon, soucoupe) pour les mygales.
- Cachette / écorce de liège pour les mygales terrestres ; supports verticaux (branches, liège) pour arboricoles, mantes et phasmes.
- Élevage de proies ou approvisionnement régulier : grillons, blattes (Blaptica dubia), drosophiles pour les jeunes mantes ; accès à de la ronce ou du feuillage adapté pour les phasmes.
- Thermostat si un chauffage est employé.
- Boîtes d'élevage individuelles si vous gardez plusieurs mantes ou de jeunes mygales (rappel : pas de cohabitation).
Alimentation et hydratation
Ce que mangent vos invertébrés
- Mygales : insectes vivants (grillons, blattes Blaptica dubia ; plus ponctuellement vers de farine ou teignes, gras et peu digestes, à réserver à l'occasionnel). On choisit une proie de taille raisonnable — en pratique, une proie de la taille du céphalothorax de la mygale, jamais plus grosse que l'abdomen. Fréquence indicative : un juvénile se nourrit une à deux fois par semaine, un adulte une fois tous les 7 à 15 jours selon l'espèce et la corpulence. Retirez toute proie non consommée sous 24 h, et surtout avant ou pendant une mue où un grillon peut blesser, voire tuer, la mygale vulnérable.
- Mantes : insectes vivants uniquement — la proie doit bouger pour déclencher l'attaque. Drosophiles (mouches du vinaigre) et micro-grillons pour les jeunes stades (nymphes L1–L3), mouches domestiques, grillons et blattes plus gros pour les adultes. Une mante adulte se nourrit en moyenne tous les un à trois jours selon son appétit ; un abdomen bien rebondi indique une bonne condition.
- Phasmes : feuilles fraîches à volonté. Renouvelez le feuillage avant qu'il ne se dessèche (tous les 3 à 5 jours, ou dès qu'il flétrit), placez les tiges dans un petit vase d'eau pour les garder fraîches (en bouchant l'ouverture pour éviter la noyade des jeunes), et rincez les feuilles à l'eau claire avant introduction pour écarter pesticides et parasites. Ne récoltez jamais de feuillage en bord de route ou de champ traité.
Hydratation
- Une mygale dont l'hygrométrie du substrat est correcte trouve une part de son eau dans son environnement et ses proies ; un petit point d'eau peu profond (avec un caillou ou une bille pour éviter la noyade des plus petites) reste recommandé, surtout pour les adultes. Une mygale déshydratée se reconnaît à un abdomen rétréci et fripé.
- Les mantes et phasmes boivent les gouttelettes déposées sur les parois et le feuillage : pulvérisez de façon mesurée le matin (sans détremper l'enclos), de sorte qu'ils puissent s'abreuver avant que l'eau ne s'évapore. Une mante qui penche la tête vers une gouttelette est simplement en train de boire.
La mue : la période la plus critique
La mue mérite une section à part car elle concentre l'essentiel des accidents évitables, chez les trois familles.
Ce qui se passe : l'animal extrait son corps de son ancien exosquelette (l'exuvie). Juste après, le nouveau tégument est mou et l'animal totalement vulnérable ; il durcit progressivement en quelques heures à quelques semaines selon la taille.
Signes annonciateurs (mygales) : abdomen plus foncé et tendu, perte d'appétit, immobilité, tapis de soie, puis retournement sur le dos (ou sur le flanc). Mantes et phasmes cessent de manger, restent immobiles suspendus tête en bas, et l'ancienne peau peut paraître terne.
Règles d'or pendant la mue :
- Ne pas déranger, ne pas manipuler, ne pas nourrir. Retirez toute proie vivante.
- Garantir la hauteur et l'humidité nécessaires : une mante ou un phasme qui manque de place ou d'humidité reste coincé dans son ancienne mue (« mue ratée »), ce qui provoque des membres déformés, des pertes de pattes ou la mort. C'est la cause n°1 d'échec chez ces insectes.
- Après la mue, attendez le durcissement avant de reproposer une proie : environ une semaine chez un juvénile de mygale, deux à quatre semaines chez un grand adulte ; un à deux jours chez une mante ou un phasme.
- Conservez éventuellement l'exuvie de mygale : elle permet de vérifier le sexe (présence ou non de spermathèque) et confirme que la mue s'est bien déroulée.
Erreurs fréquentes et comment les éviter
1. Substrat trop sec ou trop humide. Un déséquilibre d'humidité est l'une des causes majeures de problèmes. Trop sec, il complique la mue ; trop humide, il favorise moisissures et acariens. Observez l'animal : une mygale qui cherche constamment à fuir le substrat et reste perchée peut signaler un problème d'humidité ou de qualité de l'air.
2. Enclos trop grand trop tôt. Un juvénile dans un espace trop vaste peine à trouver sa nourriture et se trouve davantage exposé. Augmentez la taille du terrarium progressivement, au fil des mues et de la croissance. Un jeune se maintient très bien dans un petit contenant transparent percé.
3. Manipulation excessive. Les mygales ne recherchent pas le contact humain. La manipulation génère du stress, peut provoquer une projection de poils urticants, et augmente le risque de chute : même une chute de quelques dizaines de centimètres peut rompre l'abdomen d'une mygale et la tuer, surtout chez les spécimens lourds. Limitez les manipulations aux opérations indispensables (transfert, entretien), réalisées au plus près du sol et de préférence en faisant marcher l'animal dans une boîte plutôt qu'en le saisissant.
4. Nourrir au mauvais moment du cycle de mue. Ne nourrissez pas dans les jours précédant et suivant la mue ; l'exosquelette fraîchement renouvelé est mou et l'animal très vulnérable. Une proie vivante laissée près d'une mygale en mue peut la mutiler.
5. Utiliser du substrat traité. De nombreux terreaux du commerce contiennent engrais et insecticides incompatibles avec les invertébrés. Utilisez exclusivement des substrats non traités, prévus pour reptiles et invertébrés (fibre de coco, terre de bruyère sans additif).
6. Cohabitation forcée. Mettre deux mygales ou deux mantes ensemble se solde presque toujours par du cannibalisme. Réservez la cohabitation aux phasmes (grégaires) et, encore, sans surpopulation.
7. Ventilation insuffisante. Vouloir une humidité élevée en bouchant les aérations crée un air stagnant pathogène. Humidité haute et ventilation forte vont toujours de pair.
8. Feuillage non rincé ou toxique pour les phasmes. Du feuillage cueilli au bord d'une route, dans un jardin traité, ou une plante non comestible pour l'espèce peuvent empoisonner un élevage entier. Vérifiez les plantes-hôtes adaptées à votre espèce et rincez systématiquement.
9. Ignorer la réglementation. Le genre Brachypelma est inscrit à l'annexe II de la CITES : un justificatif d'origine licite (facture d'un éleveur ou animalerie déclarée, document CITES pour un spécimen importé) doit pouvoir être présenté. L'achat sans justificatif est illégal et alimente le trafic d'espèces sauvages.
Entretien au quotidien et sur le long terme
Un invertébré bien installé demande peu, mais ce peu doit être régulier.
Quotidien / tous les 2–3 jours :
- Vérifier température et hygrométrie d'un coup d'œil sur l'hygromètre.
- Pulvériser si nécessaire (mantes, phasmes, arboricoles).
- Renouveler le feuillage des phasmes dès qu'il flétrit.
- Retirer les proies non consommées.
Hebdomadaire :
- Retirer les restes de proies, les excréments visibles et les exuvies (sauf si conservées).
- Vérifier le point d'eau et le remplir d'eau déchlorée propre.
- Surveiller l'apparition de moisissures ou de petits acariens.
Mensuel à trimestriel :
- Nettoyage plus poussé du décor si besoin (l'enclos d'une mygale se salit lentement).
- Surveiller la croissance et anticiper un éventuel changement de contenant après une grosse mue.
Annuel :
- Réfection complète du substrat d'une mygale si nécessaire (en général espacée, pour ne pas stresser l'animal).
- Bilan de l'élevage : âge, mues, état général.
Une approche « microclimat stable, dérangements minimaux » donne toujours de meilleurs résultats qu'une sur-intervention. Moins on manipule et on bouscule, mieux l'animal se porte.
Santé : quand consulter un vétérinaire NAC ?
Les invertébrés sont difficiles à diagnostiquer, et les soins vétérinaires restent limités. Quelques signes d'alerte doivent attirer l'attention :
- Refus de s'alimenter prolongé en dehors d'une période de mue ou de jeûne saisonnier, accompagné d'un amaigrissement.
- Posture anormale : mygale sur le dos en dehors d'une mue, membres repliés de façon asymétrique (« posture de mort » avec pattes recroquevillées sous le corps).
- Léthargie inhabituelle, tremblements persistants ou démarche désordonnée (signe possible d'intoxication, par exemple aux insecticides domestiques).
- Abdomen anormalement rétréci (déshydratation) ou présentant une plaie suintante (perte d'hémolymphe, qui peut être colmatée en urgence avec un produit cicatrisant adapté).
- Chez les mantes et phasmes : mue ratée avec membres coincés, déformés ou perdus.
Orientez-vous vers un vétérinaire spécialisé NAC (Nouveaux Animaux de Compagnie) ayant si possible une expérience avec les invertébrés. Les praticiens généralistes disposent rarement de la formation nécessaire pour ces animaux. Renseignez-vous, idéalement avant l'acquisition, sur le vétérinaire NAC le plus proche. Ce guide a une vocation informative et ne remplace pas un avis vétérinaire.
Réglementation : ce qu'il faut vérifier avant d'acheter
Avant tout achat, deux vérifications s'imposent :
-
Statut CITES de l'espèce. Consultez la base de données de la CITES. Le genre Brachypelma (mygales mexicaines à pattes rouges, dont Brachypelma hamorii) est en annexe II / annexe B européenne. Pour ces espèces, exigez et conservez un justificatif d'origine licite : facture d'un éleveur ou d'une animalerie déclarée, voire document CITES pour un spécimen importé.
-
Cadre national (arrêté du 8 octobre 2018). La détention d'animaux d'espèces non domestiques est encadrée en France par cet arrêté, qui définit selon les espèces des seuils au-delà desquels une déclaration de détention, voire un certificat de capacité et une autorisation d'ouverture d'établissement, deviennent nécessaires. La plupart des espèces non CITES couramment élevées restent libres en faible nombre, mais ne présumez jamais : vérifiez sur Légifrance le texte applicable à votre espèce et au nombre d'individus que vous comptez détenir.
Au-delà de la loi, un principe éthique : privilégiez les animaux nés en captivité (mention CB / captive bred) plutôt que des spécimens prélevés dans la nature. Les invertébrés issus d'élevage sont mieux adaptés à la captivité, plus sains, et n'alimentent pas la pression sur les populations sauvages.
Récapitulatif : les règles d'or
- Sourcez chaque espèce individuellement : les besoins d'une mygale terrestre mexicaine et d'une mante tropicale n'ont rien en commun. Lisez la fiche avant l'achat, pas après.
- Moins, c'est plus : un enclos simple, propre et bien ventilé vaut mieux qu'un décor surchargé et difficile à entretenir.
- Mesurez, ne supposez pas : hygromètre et thermomètre numériques sont indispensables.
- Humidité haute = ventilation forte : ne dissociez jamais les deux.
- Anticipez les mues : c'est la période la plus critique ; ne pas déranger, ne pas nourrir, garantir hauteur et humidité.
- Hauteur de chute maîtrisée pour les mygales terrestres : un abdomen rompu ne se soigne pas.
- Pas de cohabitation sauf phasmes (grégaires) ; mygales et mantes sont solitaires et cannibales.
- Consultez la réglementation avant tout achat et conservez les documents d'origine.
La maintenance d'invertébrés en terrarium est une pratique enrichissante qui demande rigueur et humilité. La documentation issue de sources spécialisées (arachnologie, entomologie amateur) et les communautés d'éleveurs constituent vos meilleures ressources pour progresser, espèce après espèce.
Questions fréquentes
- Ma mygale refuse de manger depuis plusieurs semaines, est-ce normal ?
Souvent, oui. Les mygales peuvent jeûner plusieurs semaines, parfois plusieurs mois, notamment avant une mue ou en période plus fraîche ; certains adultes de grosses espèces terrestres jeûnent couramment un à deux mois sans aucun danger. Vérifiez que l'abdomen reste bien charnu et arrondi (signe d'une bonne hydratation et de réserves suffisantes) et que les paramètres du terrarium sont corrects. Tant que l'abdomen ne se rétrécit pas anormalement et que l'animal reste vif, attendez sans forcer. Si le refus s'accompagne de symptômes anormaux (abdomen très rétréci, posture instable, suintement, démarche désordonnée), rapprochez-vous d'un vétérinaire NAC expérimenté avec les invertébrés.
- Quelle est la différence de maintenance entre une mygale terrestre et une mygale arboricole ?
Une mygale terrestre (comme Brachypelma hamorii) a besoin d'un enclos plutôt horizontal avec un substrat épais pour fouir (5 à 15 cm selon la taille) et d'une humidité modérée. Une mygale arboricole (comme Avicularia avicularia) nécessite un enclos vertical, une humidité généralement plus élevée couplée à une ventilation abondante, et des supports verticaux (liège, tube de bambou) pour tisser sa toile en hauteur. Chez les arboricoles, l'air stagnant est particulièrement dangereux : une humidité élevée sans renouvellement d'air provoque des problèmes respiratoires et fongiques. Confondre les deux configurations expose l'animal au stress et à des mues ratées.
- Comment savoir si ma mygale s'apprête à muer ?
Plusieurs signes peuvent l'annoncer : un abdomen souvent plus foncé et tendu (parfois noirâtre, surtout chez les espèces à abdomen poilu où les soies tombent et laissent voir la peau sombre dessous), une perte d'appétit, une immobilité prolongée et parfois la confection d'un tapis de soie au sol. La mygale se retourne fréquemment sur le dos (ou se couche sur le flanc) pour muer : ne la dérangez pas, ne la nourrissez pas, et retirez toute proie vivante de l'enclos, car même un grillon peut blesser une mygale en pleine mue. Après la mue, attendez plusieurs jours (le temps que les chélicères et l'exosquelette durcissent : environ une semaine chez un juvénile, deux à quatre semaines chez un grand adulte) avant de reproposer une proie.
- Ai-je le droit de détenir une mygale en France ?
Cela dépend de l'espèce et du nombre. Le genre Brachypelma est inscrit à l'annexe II de la CITES (annexe B au niveau de l'Union européenne) et exige un justificatif d'origine licite. Plus largement, la détention d'animaux d'espèces non domestiques est encadrée par l'arrêté du 8 octobre 2018 (modifié), qui fixe des seuils au-delà desquels une déclaration de détention, voire un certificat de capacité, devient nécessaire. La plupart des espèces non CITES couramment élevées restent libres en faible nombre, mais les seuils et obligations dépendent de l'espèce. Vérifiez le statut de l'espèce sur Légifrance et le site de la CITES, et conservez systématiquement vos documents d'achat.
- Les mantes et les phasmes ont-ils besoin d'un terrarium chauffé ?
Cela dépend de l'espèce et de la température de la pièce. Beaucoup d'espèces couramment élevées (Carausius morosus, Sphodromantis lineola) se maintiennent à température ambiante d'un logement chauffé, soit autour de 20 à 25 °C, tandis que certaines espèces tropicales demandent un appoint de chaleur pour atteindre 26 à 30 °C. Consultez toujours une fiche d'élevage fiable propre à l'espèce avant d'ajouter un chauffage, n'installez jamais de tapis chauffant sous un enclos en filet (risque de brûlure et d'assèchement), et pilotez toute source de chaleur avec un thermostat.
- Combien de temps vivent ces invertébrés ?
Les écarts sont énormes. Chez les mygales, les mâles vivent généralement de 2 à 5 ans (ils meurent peu après leur mue d'imago et la reproduction), tandis que les femelles de nombreuses espèces terrestres atteignent 15 à 20 ans, voire davantage chez certaines Grammostola et Brachypelma. Les mantes religieuses ont une vie courte : la plupart des espèces vivent quelques mois à un an environ, du stade nymphal à la mort de l'adulte, les mâles vivant souvent moins longtemps que les femelles. Les phasmes vivent généralement de quelques mois à un peu plus d'un an selon l'espèce et la température. Cette longévité doit guider votre choix : une mygale femelle est un engagement de très long terme.
- Mon phasme ou ma mante a perdu une patte, va-t-elle repousser ?
Oui, partiellement et seulement chez les juvéniles. Les mantes et les phasmes, comme tous les arthropodes à mues successives, peuvent régénérer un membre perdu au fil des mues suivantes, le membre régénéré étant d'abord plus petit puis se rapprochant de la taille normale. En revanche, un adulte qui ne mue plus ne régénérera jamais le membre manquant. Une patte perdue lors d'une mue ratée (membre coincé dans l'ancienne exuvie par manque de hauteur ou d'humidité) est la cause la plus fréquente : c'est un signal pour revoir la hauteur de l'enclos et l'hygrométrie. Les mygales, elles aussi, peuvent régénérer une patte au fil des mues tant qu'elles muent encore.
- Puis-je maintenir plusieurs mygales, mantes ou phasmes ensemble ?
En règle générale, non pour les mygales et les mantes. La quasi-totalité des mygales sont solitaires et cannibales : deux individus dans le même enclos finissent presque toujours par l'un mangeant l'autre (quelques rares espèces communautaires existent mais relèvent de l'éleveur expérimenté). Les mantes sont également cannibales, y compris entre frères et sœurs et lors de l'accouplement : on les élève séparément dès qu'elles grandissent. Les phasmes, en revanche, sont grégaires et pacifiques : on peut maintenir un groupe dans un même enclos suffisamment grand et bien garni de feuillage, à condition d'éviter la surpopulation qui dégrade la qualité de l'air et favorise les mues ratées.
Pour aller plus loin
Sources
- Convention CITES — base de données des espèces (genre Brachypelma, annexe II)
- Arrêté du 8 octobre 2018 fixant les règles de détention d'animaux d'espèces non domestiques — Légifrance
- Theraphosidae — Wikipédia (taxonomie et caractères des mygales)
- Carausius morosus — Wikipedia (parthénogenèse, origine, élevage)
- Mantodea — Wikipédia (développement hémimétabole et mue)
- Extatosoma tiaratum — Wikipedia (phasme épineux, alimentation et maintenance)
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Espèces concernées
Les fiches sourcées des espèces liées à ce guide.
Mygale à genoux rouges du Mexique
Brachypelma hamorii
Terrarium terrarium terrestre, plus large que haut (espèce non arboricole), bien ventilé

Mygale rosée du Chili
Grammostola rosea
Terrarium terrarium terrestre horizontal, sec, avec une couche de substrat (5 à 10 cm) permettant un léger fouissage et une cachette (demi-pot, écorce). privilégier la surface au sol plutôt que la hauteur. dimensions minimales conseillées de l'ordre de 30x30x20 cm.
Mante orchidée
Hymenopus coronatus
Terrarium terrarium vertical ventilé (insecte arboricole)
Phasme bâton
Carausius morosus
Terrarium tropical tempéré / cage grillagée verticale
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