Guide · Terrariophilie
Maintenir une tortue terrestre : guide complet (Hermann, Horsfield)
Par L'équipe Terrarium & Aquarium ·
Pourquoi choisir une tortue terrestre — et pourquoi s'y préparer sérieusement
La tortue de Hermann (Testudo hermanni) et la tortue de Horsfield (Testudo horsfieldii, aussi appelée tortue des steppes ou tortue russe) séduisent par leur allure robuste, leur comportement reconnaissable et leur relative sobriété face à certains reptiles plus exigeants. Elles sont pourtant fréquemment sous-estimées : ce ne sont pas des animaux « décoratifs » que l'on pose dans un coin de jardin, mais des reptiles aux besoins physiologiques précis dont le non-respect provoque, à bas bruit, des pathologies chroniques.
Trois réalités à intégrer avant l'acquisition :
- Longévité exceptionnelle. Ces espèces vivent couramment plusieurs décennies, et des individus dépassant un demi-siècle sont documentés. Accueillir une tortue, c'est potentiellement un engagement sur une grande partie d'une vie humaine — et une réflexion à mener sur sa transmission éventuelle.
- Espace extérieur fortement conseillé. Bien que la table à tortue d'intérieur soit utile en complément ou en hiver, un enclos extérieur sécurisé reste l'idéal pour les mois ensoleillés sous les latitudes françaises. Le soleil reste la meilleure source d'UVB qui soit.
- Réglementation stricte. Toutes les espèces du genre Testudo relèvent de la CITES (Convention sur le commerce international des espèces de faune et de flore sauvages menacées). Au niveau européen, leur classement diffère toutefois selon l'espèce. En France, leur détention est soumise à des formalités (déclaration, marquage individuel par puce électronique selon les cas).
Ce guide ne constitue ni un conseil juridique ni un avis vétérinaire. Pour la réglementation, consultez les textes officiels (Légifrance, portail CITES France) et les services compétents (DREAL, préfecture). Pour la santé de l'animal, consultez un vétérinaire spécialisé NAC.
À qui ce guide s'adresse-t-il ?
À un éleveur amateur qui a déjà des notions de terrariophilie (gradient thermique, UVB, cycle saisonnier) et qui souhaite accueillir ou améliorer la maintenance d'une tortue méditerranéenne ou des steppes. Si vous débutez totalement, lisez d'abord un guide d'introduction à la terrariophilie : les tortues terrestres, malgré leur réputation de « reptile facile », demandent une installation rigoureuse et un suivi sur le long terme.
Comprendre les deux espèces : similitudes et différences clés
| Critère | Testudo hermanni (Hermann) | Testudo horsfieldii (Horsfield) |
|---|---|---|
| Origine | Bassin méditerranéen (France, Espagne, Italie, Balkans) | Asie centrale (steppes d'Iran, d'Afghanistan, d'Asie centrale) |
| Taille adulte indicative | env. 15–20 cm (variable selon sous-espèce) | env. 12–20 cm |
| Forme de carapace | Dossière bombée, coloration jaune/noir contrastée | Carapace plus ronde et aplatie, teintes brun-olive |
| Particularité morphologique | Étui corné (ongle) à la pointe de la queue | 4 doigts par patte (au lieu de 5) |
| Statut UE (règlement 338/97) | Annexe A (le plus strict) | Annexe B |
| Hibernation | Oui, espèce tempérée méditerranéenne | Oui, espèce tempérée des steppes |
| Comportement | Active sur une longue saison, broute en surface | Très fouisseuse, creuse des terriers, tolère le sec |
| Humidité relative indicative | Modérée (env. 40–60 %) | Faible à modérée (souvent 40–60 %, tolère le sec) |
| Alimentation | Herbivore stricte, plantes méditerranéennes | Herbivore stricte, plantes de steppes arides |
T. horsfieldii est réputée fouisseuse et résistante aux variations thermiques marquées : dans son milieu d'origine, elle n'est active que quelques mois par an et peut estiver (entrer en repos) lors des fortes chaleurs estivales. T. hermanni reste active sur une fenêtre plus longue. Les deux espèces partagent néanmoins l'essentiel des grands principes de maintenance. Les valeurs ci-dessus sont des repères indicatifs : l'origine de l'animal, sa sous-espèce (par exemple T. h. hermanni occidentale vs T. h. boettgeri orientale) et son état de santé peuvent justifier des ajustements.
Matériel indispensable : la liste avant l'achat de l'animal
Préparez et faites tourner l'installation avant d'accueillir la tortue, afin de stabiliser les températures sur plusieurs jours.
Pour l'intérieur (table à tortue) :
- Une table à tortue ouverte (bac bas, ouvert sur le dessus) plutôt qu'un terrarium vitré fermé.
- Une lampe de basking (halogène ou incandescence) pour la chaleur et la lumière visible.
- Une source UVB dédiée (tube T5 HO 10–12 %, ou lampe à vapeur de mercure / métal-halogène) adaptée à la zone de Ferguson 3.
- Un thermostat (idéalement à gradateur/dimming pour la lampe de basking) afin de stabiliser le point chaud.
- Deux thermomètres minimum (un par zone) et un hygromètre.
- Idéalement un solarmètre UV (type Solarmeter 6.5) pour mesurer l'UVI réel reçu.
- Du substrat (terre non traitée + sable horticole), une coupelle d'eau basse et stable, un os de seiche, des cachettes et quelques pierres plates.
Pour l'extérieur (enclos) :
- Une clôture enterrée d'au moins 30 cm de profondeur et suffisamment haute hors sol, sans prise pour grimper.
- Une protection anti-prédateurs (grillage sur le dessus pour les juvéniles).
- Un abri imperméable et une zone d'ombre permanente.
- Des plantations comestibles et un sol drainant.
Hébergement : table à tortue d'intérieur ou enclos extérieur
La table à tortue d'intérieur (hors saison ou climat inadapté)
Pour une tortue adulte, plusieurs sources spécialisées recommandent une surface généreuse — souvent de l'ordre de 1 m² ou davantage par individu, l'idéal étant le plus grand espace possible. Certaines fiches d'élevage citent des bacs de 120 × 60 cm comme strict minimum pour un jeune ou un adulte de petite taille, tout en soulignant que des références anglo-saxonnes (ReptiFiles, pour la tortue des steppes) recommandent une surface supérieure, de l'ordre de 1,1 m² et plus. Un espace plus grand réduit le stress, favorise l'exercice et stabilise les gradients thermiques.
Les « tables à tortue » ouvertes en haut sont préférées aux terrariums vitrés fermés, qui retiennent trop la chaleur et l'humidité stagnante et favorisent les problèmes respiratoires. Les parois opaques sont aussi préférables au verre transparent : une tortue ne perçoit pas la vitre comme un obstacle et peut s'épuiser à vouloir la « traverser ».
Substrat : Un mélange de terre non traitée et de sable horticole (souvent autour de 70/30) reproduit un sol meuble permettant à l'animal de creuser, comportement naturel chez ces espèces fouisseuses (très marqué chez la Horsfield). Une profondeur de 10 à 15 cm constitue un bon repère ; davantage pour une grande creuseuse. Évitez les copeaux de bois résineux (cèdre, pin), la litière agglomérante pour chat, le sable calcaire fin pour reptiles « du désert » (risque d'occlusion s'il est ingéré) et tout substrat aromatique ou poussiéreux.
Gradient thermique — point non négociable : La tortue est ectotherme : elle ne produit pas sa propre chaleur et doit pouvoir choisir sa température corporelle en se déplaçant entre zones chaude et froide. La table doit obligatoirement offrir :
- Zone chaude (point de basking) : de l'ordre de 30–35 °C sous une lampe chauffante (incandescence ou halogène). Plusieurs fiches d'élevage situent le point chaud de la tortue d'Hermann autour de 30–32 °C ; certaines sources anglo-saxonnes montent plus haut. Vérifiez toujours la température réelle au sol, sous la lampe.
- Zone froide : env. 20–25 °C à l'opposé.
- Température nocturne : peut descendre vers 16–20 °C sans risque pour un animal en bonne santé. La plupart du temps, aucun chauffage nocturne n'est nécessaire ; si la pièce est très froide, utilisez une source de chaleur non lumineuse pour ne pas perturber le cycle jour/nuit.
Utilisez deux thermomètres (un par zone) pour mesurer le gradient réel, jamais un seul capteur au centre. Coupez les sources de chaleur et d'UVB la nuit pour respecter la photopériode.
L'enclos extérieur (recommandé en été)
En été, un enclos sécurisé en plein air est largement supérieur à la table d'intérieur : le soleil fournit un spectre UVB naturel complet et gratuit, la diversité végétale enrichit l'alimentation et l'espace permet un comportement plus naturel (broutage, exploration, fouissage, bains de soleil).
Exigences d'un bon enclos extérieur :
- Clôture enterrée à au moins 30 cm de profondeur (les tortues creusent, la Horsfield particulièrement).
- Hauteur de clôture suffisante au-dessus du sol (souvent ≥ 30–40 cm), sans angle ni prise permettant de grimper ; les tortues sont d'étonnantes grimpeuses et se retournent parfois dans les angles.
- Protection contre les prédateurs (renards, rats, fouines, corvidés et rapaces pour les juvéniles, chiens domestiques) : grillage sur le dessus ou surveillance pour les petits.
- Exposition ensoleillée dominante, mais avec une zone d'ombre accessible en permanence pour éviter la surchauffe.
- Abri imperméable (cabane, dôme) pour les nuits fraîches et les jours de pluie, surélevé du sol humide.
- Sol drainant : l'eau ne doit pas stagner. Quelques plantes comestibles vivaces (pissenlit, plantain, trèfle) transforment l'enclos en garde-manger.
Acclimatation : ne sortez pas une tortue maintenue à l'intérieur directement en plein soleil par 35 °C. Habituez-la progressivement aux conditions extérieures, et surveillez les premiers jours.
Éclairage et UVB : la source d'énergie indispensable
Les tortues terrestres sont diurnes et héliophiles : elles se chauffent activement au soleil pour atteindre leur température d'activité, puis partent brouter et explorer. Les UVB (longueurs d'onde proches de 290–315 nm) permettent la synthèse cutanée de vitamine D3, elle-même nécessaire à l'absorption intestinale du calcium. Une carence mène à la maladie osseuse métabolique (MOM), dont le rachitisme : déformation et ramollissement de la carapace et du plastron, souvent irréversibles.
En intérieur, deux sources lumineuses distinctes sont nécessaires :
- Lampe de basking (halogène ou incandescente) : chaleur et lumière visible, placée de façon à obtenir la température cible au point chaud. Une lampe halogène « spot » concentre bien la chaleur sur la zone de bain de soleil.
- Source UVB (tube fluorescent T5 HO 10–12 %, ou lampe à vapeur de mercure / métal-halogène) : les tortues méditerranéennes et des steppes sont classées en zone de Ferguson 3 (espèces de plein soleil). Les références spécialisées visent généralement un indice UVI de l'ordre de 3 à 4 au point de basking (UVI 3–4 cité par ReptiFiles pour la tortue des steppes). Remplacez la source UVB environ tous les 12 mois (certains tubes T5 de qualité tiennent un peu plus), même si elle émet encore de la lumière visible : la production d'UV décline avant l'extinction du tube.
Mesurer plutôt que deviner. La seule manière fiable de connaître l'UVI reçu par l'animal est de le mesurer au niveau de la carapace avec un solarmètre (type Solarmeter 6.5). Le grillage, le verre (qui filtre les UVB) et la distance réduisent fortement l'UVI réel : ne placez jamais une vitre ou un plexiglas entre la lampe UVB et l'animal.
Photopériode : de l'ordre de 12 à 14 h de lumière en été, environ 10 h en hiver (hors période d'hibernation). Un programmateur (minuterie) automatise ce cycle et évite les oublis.
Alimentation : herbivorie stricte et variété végétale
Testudo hermanni et T. horsfieldii sont des herbivores strictes. Toute protéine animale (croquettes pour chiens ou chats, viande, insectes, restes de table) est à proscrire : un excès de protéines est associé à une croissance anormale de la carapace (pyramidage), à une croissance trop rapide et, à long terme, à des atteintes rénales et à des dépôts d'urates (goutte). Le bon régime est riche en fibres, pauvre en protéines et en sucres, et bien pourvu en calcium (rapport calcium/phosphore favorable, idéalement supérieur à 1,5–2:1).
Bases alimentaires recommandées :
- Plantes sauvages (la base idéale) : pissenlit (Taraxacum officinale), plantain (Plantago spp.), trèfle, chicorée sauvage, luzerne, mauve, laiteron, achillée millefeuille. À récolter loin des routes, des cultures traitées et des zones fréquentées par les chiens.
- Herbes aromatiques et fleurs comestibles : hibiscus, fleurs de pissenlit, pâquerette, en complément et avec modération.
- Légumes feuillus : endive, scarole, frisée, fanes de radis ou de carotte, en appoint et non comme base principale.
- Cactus et plantes succulentes (figuier de Barbarie Opuntia sans épines) : excellents, riches en fibres et en eau, particulièrement appréciés des Horsfield.
| Catégorie | Exemples | Place dans la ration |
|---|---|---|
| Plantes sauvages | Pissenlit, plantain, trèfle, mauve, chicorée | Base quotidienne |
| Fleurs / aromatiques | Hibiscus, pâquerette | Complément |
| Légumes feuillus | Endive, scarole, fanes | Appoint |
| À limiter fortement | Choux, brocoli, épinards, betterave | Occasionnel, en petite quantité |
| À éviter | Laitue iceberg, fruits, granulés riches en protéines | Proscrire ou rarissime |
À éviter : laitue iceberg (peu nutritive et très aqueuse), épinards et betterave en quantité (riches en oxalates qui chélatent le calcium), fruits en excès (sucres simples mal tolérés, fermentation, déséquilibre de la flore digestive), choux et brocoli en grande quantité (effet goitrogène). Une alimentation trop riche, trop molle ou trop humide favorise le pyramidage et les troubles digestifs.
Supplémentation :
- Calcium : un os de seiche laissé en libre accès (la tortue le ronge à volonté), ou une poudre de calcium sans vitamine D3 saupoudrée régulièrement sur les aliments, soutient la minéralisation de la carapace et de l'os. L'os de seiche fournit aussi un usage naturel du bec.
- Vitamines : une supplémentation complète occasionnelle peut être envisagée si l'accès au soleil naturel est limité ; en cas de doute sur le dosage, demandez conseil à un vétérinaire NAC, car un excès de vitamine D3 ou de vitamine A est nocif (hypervitaminose).
Fréquence et quantité : une tortue adulte se nourrit généralement chaque jour (ou avec un jour de jeûne hebdomadaire pour les adultes), à hauteur d'une ration grossièrement équivalente à la taille de sa carapace, sans suralimenter. En enclos extérieur planté, le broutage spontané régule en partie la prise alimentaire.
Eau et bains : un bain tiède peu profond (eau à hauteur du plastron, tiède, durée d'une vingtaine de minutes), proposé plusieurs fois par semaine, favorise l'hydratation et stimule l'émission des urines, des urates et des fèces — particulièrement utile chez les juvéniles. Une coupelle d'eau peu profonde, stable (qui ne se renverse pas) et nettoyée régulièrement doit rester disponible en permanence.
Routine d'entretien et suivi de l'animal
Une maintenance réussie repose sur des gestes réguliers, simples mais constants.
Au quotidien :
- Distribuer une nourriture fraîche et variée ; retirer les restes fanés.
- Vérifier et renouveler l'eau de la coupelle.
- Contrôler rapidement les températures (point chaud / zone froide) et le bon fonctionnement des lampes.
- Observer le comportement : activité, appétit, démarche, yeux et narines.
Chaque semaine :
- Plusieurs bains tièdes (surtout juvéniles).
- Nettoyage des souillures, retrait des déjections.
- En enclos extérieur : inspection de la clôture et des protections anti-prédateurs.
Chaque mois (et plus) :
- Pesée régulière et tenue d'un carnet de suivi (poids, taille, dates) : c'est l'indicateur de santé le plus précoce. Le rapport poids/longueur (indice de Jackson, à manier avec prudence) aide à juger de l'état avant hibernation.
- Nettoyage en profondeur du substrat, remplacement partiel.
Une à deux fois par an :
- Remplacement de la source UVB (~12 mois).
- Bilan vétérinaire NAC, notamment avant l'hibernation.
Hibernation : une étape critique à ne pas improviser
L'hibernation (parfois appelée brumation chez les reptiles ectothermes) est une phase physiologique naturelle pour ces deux espèces tempérées. La supprimer artificiellement année après année peut perturber les cycles hormonaux, le comportement et la reproduction, et favoriser une croissance déséquilibrée. À l'inverse, une hibernation mal conduite peut être fatale. Le mot d'ordre : préparer, surveiller, ne pas improviser.
Conditions préalables indispensables :
- Animal en bonne santé, idéalement contrôlé par un vétérinaire NAC avant l'entrée en hibernation (un animal malade, parasité ou maigre ne doit pas hiberner).
- État corporel satisfaisant (réserves visibles, poids stable, pas d'amaigrissement marqué).
- Arrêt progressif de l'alimentation plusieurs semaines avant (souvent 2 à 4 semaines selon la taille et la température), pour vider complètement le tube digestif : des aliments non digérés peuvent fermenter à basse température et provoquer des troubles graves, voire mortels. L'eau et les bains tièdes restent proposés pendant cette phase de jeûne pour maintenir l'hydratation et faciliter le transit.
Méthode du réfrigérateur (souvent recommandée pour les particuliers) : Placez la tortue dans une boîte aérée (couvercle percé) avec un substrat légèrement humide, et maintenez une température stable, généralement autour de 4–8 °C pour les tortues terrestres (certaines sources élargissent à 5–10 °C selon l'espèce et l'origine). Vérifiez la température du réfrigérateur avec un thermomètre fiable avant d'y placer l'animal, et ouvrez la porte régulièrement pour renouveler l'air. Le gel est dangereux, voire mortel ; au-dessus d'environ 10 °C, le métabolisme repart et l'animal s'épuise sans pouvoir manger.
- Durée : dépend de l'espèce, du climat d'origine et de l'avis vétérinaire (souvent quelques semaines à quelques mois). Un premier hivernage est volontiers raccourci.
- Surveillance : pesées périodiques. Une perte de poids supérieure à un seuil de l'ordre de 1 % du poids corporel par mois est généralement considérée comme excessive et doit alerter.
- Réveil : réchauffement progressif à température ambiante, puis remise sous les lampes ; proposez rapidement un bain tiède et de l'eau. L'appétit revient en quelques jours.
Signaux d'alarme pendant l'hibernation : perte de poids rapide, yeux qui s'ouvrent durablement, mouvements répétés, émission de liquide ou odeur anormale, écoulement nasal. Réchauffez alors progressivement l'animal et consultez sans délai un vétérinaire NAC.
Santé : reconnaître les principales pathologies
Les tortues dissimulent souvent leurs symptômes jusqu'à un stade avancé : la moindre anomalie persistante mérite l'avis d'un vétérinaire NAC.
- Maladie osseuse métabolique (MOM) / rachitisme : carapace molle ou déformée, plastron qui fléchit, membres faibles. Cause principale : déficit en UVB, calcium ou vitamine D3, ou excès de phosphore. Prévention : UVB correct, calcium, alimentation équilibrée.
- Pyramidage : écailles de la dossière poussant en pyramides. D'origine multifactorielle (excès de protéines, croissance rapide, hygrométrie et exercice inadaptés). Irréversible une fois installé, mais on peut stopper sa progression.
- Affections respiratoires (« RNS ») : écoulement nasal, bulles, respiration bouche ouverte, sifflements, léthargie. Souvent liées au froid, à l'humidité stagnante ou à un milieu inadapté. Nécessitent une prise en charge vétérinaire.
- Rhinite / herpèsvirose, stomatite : écoulements, plaques dans la bouche, perte d'appétit. Maladies potentiellement contagieuses — d'où l'importance de la quarantaine et de ne pas mélanger les espèces.
- Parasitisme digestif : fréquent chez les animaux importés ou en groupe ; un examen coproscopique vétérinaire permet de le dépister.
- Dystocie (rétention d'œufs) chez la femelle : difficulté à pondre, agitation, grattage répété. Urgence vétérinaire potentielle.
- Occlusion / impaction : souvent liée à l'ingestion de substrat inadapté (sable fin, graviers) ou à une déshydratation.
Quand consulter sans délai : yeux gonflés ou fermés, écoulements nasaux, respiration bouche ouverte, carapace molle, boiterie, perte d'appétit persistante, amaigrissement, fèces anormales ou présence de vers.
Dépannage : symptômes courants et premières pistes
| Symptôme observé | Pistes à vérifier en priorité |
|---|---|
| La tortue reste cachée, peu active | Températures trop basses, manque d'UVB, stress (espace, cohabitation), période de pré-hibernation |
| Refus de s'alimenter | Température du point chaud insuffisante, UVB en fin de vie, parasitisme, maladie respiratoire, ou mise en repos saisonnière |
| Carapace molle / déformée | UVB absent ou trop faible, carence en calcium/D3, excès de protéines → vétérinaire NAC |
| Yeux gonflés ou collés | Carence en vitamine A, milieu trop sec ou trop poussiéreux, infection → vétérinaire |
| Écoulement nasal, bulles | Affection respiratoire (froid/humidité), contagion possible → quarantaine + vétérinaire |
| Perte de poids pendant l'hibernation | Température trop élevée (> 10 °C), durée excessive → réchauffer et consulter |
| Tortue qui « creuse » sans cesse au mur | Espace trop petit, paroi transparente, recherche de chaleur ou de cachette |
Ces pistes ne remplacent pas un diagnostic : la plupart de ces signes justifient une consultation vétérinaire NAC.
Erreurs fréquentes à éviter
- Espace trop petit ou chauffé de façon homogène. Sans gradient, l'animal ne peut pas thermoréguler et s'épuise. Un terrarium vitré fermé et chaud est l'inverse de ce qu'il faut.
- Alimentation inadaptée. Fruits, salade en sachet, restes de table ou protéines animales comptent parmi les causes les plus fréquentes de pyramidage et de problèmes rénaux en captivité.
- Absence ou insuffisance d'UVB. Une carence en vitamine D3 conduit au rachitisme de la carapace, souvent irréversible. Une vitre entre la lampe et l'animal annule l'effet UVB.
- Source UVB jamais remplacée. Le tube émet encore de la lumière mais plus assez d'UV : remplacement annuel.
- Hibernation non préparée. Hiverner une tortue sans avoir vidé son tube digestif expose à des fermentations intestinales potentiellement mortelles ; hiverner un animal malade ou maigre est dangereux.
- Milieu pauvre en stimulation. L'enrichissement (substrat profond pour creuser, plantes à brouter, espace pour explorer, cachettes) est essentiel au bien-être comportemental.
- Cohabitation mal pensée. Deux mâles dans un espace restreint, ou des espèces différentes mélangées, génèrent stress, blessures et risques de transmission de maladies.
- Ignorer la réglementation. Acquérir une tortue sans les documents requis (selon l'espèce et son statut UE) expose à des sanctions.
Cas particulier : la réglementation française
Le statut réglementaire diffère selon l'espèce, contrairement à une idée reçue :
- Testudo hermanni est inscrite à la CITES Annexe II et, au niveau européen, à l'Annexe A du règlement (CE) n° 338/97 — le statut le plus strict. En pratique, sa cession nécessite généralement un certificat intra-communautaire (CIC, « document jaune ») délivré par les services compétents.
- Testudo horsfieldii est inscrite à la CITES Annexe II mais relève de l'Annexe B du même règlement européen — un régime moins contraignant que l'annexe A, mais qui impose tout de même de justifier l'origine légale de l'animal (facture, document de cession, traçabilité).
Dans les deux cas, la détention d'espèces non domestiques relève de l'arrêté du 8 octobre 2018, qui prévoit selon les effectifs et les espèces une déclaration de détention (formulaire Cerfa) et un marquage de l'animal (puce électronique pour les individus de taille suffisante). Au-delà de certains seuils d'effectif, des formalités renforcées (certificat de capacité, autorisation d'ouverture d'établissement) peuvent s'appliquer. L'identification et la conservation des documents sont essentielles : elles vous permettent de prouver la légalité de l'animal en cas de contrôle et de pouvoir le céder ultérieurement.
Ces informations sont indicatives et ne constituent pas un conseil juridique. La réglementation évolue : avant toute acquisition, vérifiez le statut exact de l'espèce et les documents requis auprès des sources officielles (Légifrance, portail CITES France, DREAL) ou d'un professionnel compétent. Achetez de préférence auprès d'un éleveur sérieux fournissant les documents en règle, et fuyez les origines douteuses (prélèvement dans la nature, animaux sans papiers).
Récapitulatif des paramètres essentiels
| Paramètre | Repère indicatif |
|---|---|
| Point de basking | env. 30–35 °C |
| Zone froide | env. 20–25 °C |
| Température nocturne | env. 16–20 °C |
| Indice UVI (zone basking) | env. 3–4 (zone de Ferguson 3) |
| Remplacement source UVB | env. tous les 12 mois |
| Humidité relative | souvent 40–60 % (à adapter selon l'espèce) |
| Photopériode active (été) | env. 12–14 h/jour (env. 10 h en hiver) |
| Substrat (profondeur) | env. 10–15 cm, terre + sable, meuble |
| Température d'hibernation | env. 4–8 °C (jamais de gel) |
| Surface d'hébergement adulte | le plus grand possible (≥ 1 m² conseillé) |
| Alimentation | herbivore stricte, riche en fibres, pauvre en protéines |
| Supplément calcium | os de seiche à volonté + poudre sans D3 |
Pour tout signe de maladie (yeux gonflés, écoulements nasaux, perte d'appétit persistante, carapace molle, boiterie, respiration bouche ouverte), consultez sans délai un vétérinaire spécialisé en NAC (Nouveaux Animaux de Compagnie / reptiles). Les tortues dissimulent souvent leurs symptômes jusqu'à un stade avancé : mieux vaut consulter trop tôt que trop tard.
Questions fréquentes
- Ai-je besoin de papiers pour détenir une tortue de Hermann en France ?
Oui. La tortue de Hermann (Testudo hermanni) est inscrite à la CITES Annexe II et, au niveau européen, à l'Annexe A du règlement (CE) n° 338/97 — le statut le plus strict. Sa cession nécessite en pratique un certificat intra-communautaire (CIC, « document jaune »), et sa détention relève de l'arrêté du 8 octobre 2018 (déclaration de détention via Cerfa et marquage par puce électronique selon les cas). À noter : la tortue de Horsfield (Testudo horsfieldii) relève, elle, de l'Annexe B, un régime un peu moins contraignant, mais qui impose tout de même de justifier l'origine légale de l'animal. Ce guide ne constitue pas un conseil juridique : vérifiez le statut de votre espèce sur Légifrance et le portail CITES France, ou auprès de votre DREAL.
- Peut-on garder une tortue terrestre uniquement en terrarium toute l'année ?
C'est techniquement possible mais sous-optimal. En été, un enclos extérieur sécurisé offre un spectre UVB naturel complet, une alimentation plus diversifiée et un espace comportemental bien supérieur. La table à tortue d'intérieur reste utile hors saison ou sous des latitudes peu ensoleillées, à condition de respecter le gradient thermique (point chaud d'environ 30–35 °C, zone fraîche d'environ 20–25 °C) et d'installer une source UVB de qualité visant un UVI d'environ 3–4 au point de basking. Privilégiez une table ouverte sur le dessus plutôt qu'un terrarium vitré fermé, qui retient trop la chaleur et l'humidité stagnante.
- Quelle est la bonne fréquence des bains pour une tortue terrestre ?
De nombreuses fiches d'élevage recommandent plusieurs bains tièdes par semaine, surtout chez les juvéniles : eau tiède peu profonde (à hauteur du plastron, environ 25–30 °C), pendant une vingtaine de minutes. Les bains favorisent l'hydratation, stimulent le transit et l'émission des urates, et permettent d'observer l'état général de l'animal. En dehors des bains, une coupelle d'eau peu profonde et stable doit rester disponible en permanence. La fréquence exacte dépend de l'âge, de l'espèce et de l'hygrométrie ambiante : un juvénile maintenu au sec se baignera plus souvent qu'un adulte vivant en enclos humide.
- À quelle température faut-il faire hiberner une tortue terrestre ?
Pour les tortues terrestres, les sources spécialisées citent généralement une plage d'environ 4–8 °C, certaines l'élargissant à 5–10 °C selon l'espèce et l'origine de l'animal. Le point essentiel est la stabilité de la température et l'absence totale de gel, qui peut être mortel ; au-dessus d'environ 10 °C, le métabolisme reprend et l'animal puise dans ses réserves sans pouvoir s'alimenter. L'hibernation se prépare (bilan vétérinaire conseillé, arrêt progressif de l'alimentation plusieurs semaines avant pour vider le tube digestif) et se surveille (pesées régulières). En cas de perte de poids rapide ou de réveil anormal, réchauffez progressivement l'animal et consultez un vétérinaire NAC.
- La tortue de Hermann et la tortue de Horsfield ont-elles les mêmes besoins ?
Leurs grands principes de maintenance sont proches : herbivorie stricte, gradient thermique marqué, UVB en zone de Ferguson 3, hibernation hivernale. Les différences tiennent surtout à l'origine (méditerranéenne pour Hermann, steppes d'Asie centrale pour Horsfield, plus fouisseuse et tolérante au sec et aux écarts thermiques) et au statut réglementaire européen (Annexe A pour Hermann, Annexe B pour Horsfield). La Horsfield est aussi active sur une fenêtre saisonnière plus courte dans son milieu d'origine (estivation possible en cas de forte chaleur). Dans les deux cas, adaptez les paramètres à l'individu et à sa sous-espèce.
- Combien de temps vit une tortue terrestre, et à quelle taille adulte s'attendre ?
Ces espèces vivent couramment plusieurs décennies en captivité bien menée, et des individus dépassant 50 ans sont documentés ; il faut donc envisager l'animal comme un compagnon de toute une vie, voire à transmettre. Côté taille, la tortue de Hermann adulte mesure indicativement 15–20 cm de carapace (les femelles sont souvent plus grandes que les mâles, et la sous-espèce orientale dépasse l'occidentale), la Horsfield environ 12–20 cm. Ces repères varient selon la sous-espèce, le sexe et les conditions d'élevage.
- Pourquoi la carapace de ma tortue devient-elle bosselée (pyramidée) ?
Le pyramidage (croissance en « pyramides » des écailles de la dossière) est un trouble de croissance fréquent en captivité, généralement multifactoriel : alimentation trop riche (excès de protéines, fruits, granulés inadaptés), croissance trop rapide, hygrométrie inadaptée et manque d'exercice ou d'UVB. Une fois installé, il est irréversible, mais on peut stopper sa progression en revenant à une alimentation herbivore pauvre en protéines et riche en fibres, en assurant un bon UVB et du calcium, et en offrant de l'espace pour bouger. Si la carapace est aussi molle, suspectez une carence en calcium ou en vitamine D3 et consultez un vétérinaire NAC.
- Peut-on détenir une seule tortue, ou faut-il un groupe ?
Les tortues terrestres ne sont pas des animaux sociaux : un individu seul ne souffre pas de solitude. À l'inverse, la cohabitation peut générer du stress, de la compétition pour les ressources et des agressions, en particulier entre mâles (morsures, chevauchements, bousculades) ou d'un mâle envers une femelle harcelée. Si vous maintenez plusieurs individus, prévoyez beaucoup d'espace, plusieurs zones de basking et de cachette, et surveillez les interactions. Évitez de réunir deux mâles dans un espace restreint, et ne mélangez jamais des espèces différentes.
Pour aller plus loin
Sources
- Portail CITES France (Ministère de la Transition écologique) — Fiche taxon Testudo horsfieldii
- Arrêté du 8 octobre 2018 fixant les règles générales de détention d'animaux d'espèces non domestiques (Légifrance)
- ReptiFiles — Russian Tortoise (Testudo horsfieldii) Care Sheet
- Northampton Reptile Centre — Hermann's Tortoise Care Sheet
- The Tortoise Trust — Hibernation and pre-hibernation care
- The Reptile Database — Testudo hermanni (Gmelin, 1789)
Matériel recommandé
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Exo Terra Reptile Cave — Cachette (L)
Cachette en résine au look pierre, indispensable pour rassurer le reptile.
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Exo Terra — Gamelle d'eau reptile (grand modèle)
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Trixie — Thermomètre / hygromètre terrarium
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Espèces concernées
Les fiches sourcées des espèces liées à ce guide.

Tortue d'Hermann
Testudo hermanni
Terrarium tempéré (méditerranéen) ; idéalement enclos extérieur durant la belle saison, terrarium/table à tortue ouverte pour les juvéniles ou en complément
Tortue de Horsfield (tortue des steppes, tortue russe)
Testudo horsfieldii
Terrarium désertique / steppe aride sèche (table à tortue ou enclos ouvert ventilé ; enclos extérieur recommandé en saison)
Tortue grecque (tortue mauresque)
Testudo graeca
Terrarium table à tortue / enclos ouvert ; enclos extérieur fortement recommandé à la belle saison.
Tortue sillonnée (sulcata)
Centrochelys sulcata (Miller, 1779)
Terrarium terrarium terrestre très grand (jeunes), puis enclos extérieur chauffé/couvert pour adultes. substrat profond (30–50 cm minimum) permettant le creusement de terriers.
Continuer à apprendre
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